Centre de la Francophonie des Amériques

Anime ta francophonie


Anime ta francophonie est un concours vidéo qui s'adresse à tous les enseignants et professeurs qui souhaitent mettre en œuvre un projet éducatif en français dans leur classe, afin de faire découvrir la francophonie des Amériques.

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Chroniques linguistiques
Anime ta francophonie


Illustrer la diversité de la langue française

Le Centre de la francophonie des Amériques s'est associé au linguiste Claude Poirier afin de proposer aux enseignant(e)s des Amériques des chroniques linguistiques. Ces chroniques ont pour but d'illustrer la diversité de la langue française à travers les Amériques. Les cultures francophones, les expressions et l'emploi varié des mots sur le territoire contribuent à la richesse de cette francophonie des Amériques.

 

GRAFIGNER

Les francophones d'Amérique ont en commun un grand nombre de mots qui les distinguent des francophones d'Europe. Grafigner est l'un de ces mots. Là-bas, c'est plutôt égratigner qu'on entend. L'un est-il meilleur que l'autre? Là n'est pas la question, puisque les deux mots ont coexisté sans problème pendant longtemps en France. Le français qui est parlé de nos jours dans ce pays est l'aboutissement d'une évolution qui s'est produite à Paris. Les usages qui s'y sont fixés se sont par la suite répandus lentement partout sur le territoire de la France. Mais, au début du 17e siècle, quand les premiers colons français se sont établis en Amérique, les usages à Paris étaient encore fluctuants. Et, dans les provinces, on parlait un français encore très influencé par les dialectes anciens et les usages du 16e siècle. Or, les ancêtres des francophones d'Amérique viennent en majorité des provinces du Nord-Ouest de la France, plutôt que de Paris. Il ne faut donc pas se surprendre que les mots qui dominaient dans ces régions se soient implantés aux Antilles, en Acadie, au Québec, en Louisiane et dans les autres lieux où les francophones se sont installés, au Canada et aux États-Unis. C'est pour ces raisons qu'on dit aussi chemise carreautée, déparler, pogner. En somme, chaque fois qu'un francophone américain emploie aujourd'hui le mot grafigner, il affirme que sa langue s'inscrit dans cette grande aventure du français dans le Nouveau Monde.

 

GOMBO

Les noms des plats traditionnels en Louisiane sont chargés de connotations. Ils révèlent que les Cadiens nom des francophones de cet État américain, ont évolué dans un riche contexte culturel. Le plus connu de ces noms est sans doute gombo, désignant un légume apporté par les esclaves noirs qui ont contribué à la formation de la société cadienne. Le mot, issu d'une langue africaine, s'est solidement implanté en Louisiane en même temps que le légume. Celui-ci est utilisé dans la préparation d'une soupe épaisse et épicée incorporant de la viande, des fruits de mer, des légumes et servie avec du riz: un gombo aux crabes, un gombo aux huîtres. Gombo s'est enrichi de plusieurs sens figurés qui montrent bien sa parfaite intégration dans le français louisianais. Il désigne un repas auquel on invite des amis, devenant ainsi un symbole de la vie collective. Comme le plat se compose de plusieurs ingrédients, gombo se dit, par métaphore, de la langue créole parlée en Louisiane, parce que cette langue est le résultat de diverses influences. On l'a même employé en parlant de la Louisiane elle-même: «Oui, la Louisiane c'est un vrai gombo. Y a des Italiens, des Français, des Espagnols, des Allemands, c'est tout du monde qui vient de différentes nationalités, mais ils parlent tous le même français.» Ce mot, qui s'inscrit aujourd'hui au cœur de l'identité cadienne, illustre l'adaptation du français à la vie et à la culture d'une communauté qui se distingue à maints égards des autres groupes de francophones du continent. La diversité du français en Amérique constitue l'une de ses richesses.

 

CAGOUETTE

Se mouiller le gorgoton au sens de «boire un coup» est une façon de dire que comprennent tous les francophones d'Amérique du Nord. Le gorgoton, c'est la gorge ou la pomme d'Adam. Mais curieusement, pour la partie arrière du cou, les usages diffèrent. Les Québécois disent attraper quelqu'un par le chignon du cou, alors que les Acadiens et les Louisianais parlent plutôt de cagouettte. Comment expliquer cette situation? Pour ce qui est des Québécois et des Acadiens, la raison des différences est à chercher dans les origines des premiers colons. Les ancêtres des Québécois sont venus, dans des proportions comparables, du Nord-Ouest, de l'Ouest et du Centre de la France. Ceux des Acadiens étaient majoritairement des Français de la partie Ouest. Or c'est justement dans cette région qu'on employait cagouette. Mais alors, faut-il conclure que les Louisianais viennent de l'Ouest de la France? En fait, le peuplement de la Louisiane francophone a été beaucoup plus complexe. Parmi les ancêtres des Cadiens d'aujourd'hui, on trouve des Québécois, des Allemands, des esclaves noirs, des Français de diverses provinces, mais surtout un bon nombre d'Acadiens qui ont été déportés de leur pays dans les années 1760. Ce sont donc probablement ces derniers qui ont apporté en Louisiane le mot cagouette. Par cet exemple, on peut comprendre que les Acadiens et les Cadiens sont souvent des complices linguistiques.

 

COURIR

Le verbe courir a été associé en France, surtout dans les provinces, à l'idée de mener joyeuse vie, ou même de courailler. Cet emploi de courir a connu une grande popularité en Amérique, d'abord dans l'expression courir les bois, pour dire: vivre une vie d'aventurier avec les Amérindiens, libre de toute contrainte. C'est de là que vient l'appellation coureur de bois. On trouve aussi, dès le 18e siècle, l'expression courir la galipote, signifiant «rechercher les aventures galantes», qui se dit encore au Québec. Mais les Acadiens et les Louisianais ont exploité les connotations joyeuses du mot en l'associant plutôt à des fêtes collectives avant et pendant le carême. Les Acadiens courent la Chandeleur, c'est-à-dire vont de maison en maison en dansant, le jour de cette fête catholique le 2 février, pour ramasser de la nourriture et des dons pour les pauvres. Autrefois, le but était de recueillir les ingrédients pour faire des crêpes qu'ils mangeaient en commun. Quelques semaines plus tard, ils courent la mi-carême, costumés et masqués, pour faire une pause pendant la période d'abstinence qui précède la fête de Pâques. En Louisiane, on court Mardi-Gras, ce qui signifie se costumer et faire du porte à porte à cheval selon la tradition pour recueillir les ingrédients qui serviront à faire un super gombo, plat symbolisant la fête. En Amérique, on fait aussi courir le poisson d'avril. La fortune particulière du verbe courir témoigne de la liberté festive dans laquelle les francophones d'Amérique se sont approprié la langue française.

 

SOU

Le mot sou ne sert plus, en France, à nommer une pièce de monnaie. Aujourd'hui, on parle de l'euro qui vaut 100 cents. Mais, au Canada, on continue d'employer sou comme équivalent de cent un centième de dollar. Le sou aura ainsi changé plusieurs fois de valeur depuis le 17e siècle. Au départ, il équivalait à la vingtième partie de la livre française et il fallait douze deniers pour faire un sou aussi appelé sol. Avec l'arrivée des Anglais, la monnaie française est dévaluée, mais on garde les pièces en circulation pour une question de commodité: sous, deniers, écus, louis. Les gens doivent apprendre à compter en livres anglaises et à mettre en rapport les anciennes pièces avec les shillings et les pennies. En 1858 est créé le dollar canadien qu'on appelle alors piastre en français. C'était le nom d'une pièce d'argent frappée en Espagne qui circulait depuis longtemps dans les colonies. Comme toutes les pièces de monnaie étaient conservées dans les transactions quotidiennes, il fallait inscrire les équivalences sur les billets. Le mot piastre continuait de se dire en référence à la monnaie espagnole qui valait alors 120 sous anciens. Mais le mot désignait aussi la nouvelle unité monétaire canadienne qui valait, quant à elle, 100 cents. En mettant en rapport ces deux unités, on en est venu à désigner la pièce de vingt-cinq cents par l'appellation trente-sou, qui est restée dans l'usage. Le vocabulaire de l'argent donne ainsi une idée des influences culturelles complexes auxquelles les francophones ont été exposés dès le 18e siècle.

 

MARINGOUIN

Au début du 17e siècle, le vocabulaire usuel des insectes n'était pas encore très développé en français. On employait le mot mouche pour désigner un grand nombre d'insectes, volants ou non. Mouche pouvait se dire notamment des insectes piqueurs, d'où l'expression, demeurée usuelle au Québec, se faire manger par les mouches. Les marins français, parmi lesquels les Normands étaient bien représentés, joueront un rôle déterminant dans la distinction des insectes piqueurs et la diffusion de termes plus précis. Dès le 16e siècle, ils rapporteront de leurs voyages les mots maringouin et moustique. Le premier vient d'une langue du Brésil - le tupi, et le second est un emprunt de l'espagnol mosquito. Ces deux mots ont circulé dans les colonies françaises du 17e siècle et y ont été adoptés rapidement. Moustique a fini par pénétrer dans l'usage des Français de France dans la première moitié du 20e siècle. Quant à maringouin, il s'était introduit dans la langue des marins à l'époque où la France cherchait à fonder une colonie au Brésil, vers 1555-1560. Après l'échec de l'aventure brésilienne, il est passé en Normandie où on le connaît encore de nos jours. Le vocabulaire des insectes piqueurs comprend bien d'autres mots, par exemple brûlot et frappe-d'abord qui ont été créés au Canada. Alors que moustique et maringouin sont montés des Antilles jusqu'au Canada, brûlot et frappe-d'abord sont descendus du Canada jusqu'en Louisiane. Le vocabulaire des insectes piqueurs fournit un bel exemple de la vitalité des mécanismes d'enrichissement de la langue à travers toute l'Amérique francophone.

 

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