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Gilles Vigneault : Ainsi soit Gilles - Chronique de Jean-Benoît Nadeau

23 juin 2011

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Le poète Gilles Vigneault est venu régaler les participants du Forum, qui ont pu le questionner après le visionnement du court métrage Portager le rêve, du cinéaste André Gladu, également de la partie.

Questions et réponses...

 

 


QUEL A ÉTÉ LE MOMENT POUR VOUS DE L'ILLUMINATION FRANCOPHONE?

J'ai toujours eu, depuis mon enfance, l'attrait des mots. Les mots, c'est quand le rêve couche avec la réalité. La réalité accouche de mots. Parfois, on en fait des contes, des histoires, des médisances, de la calomnie, des discours politiques, qui mentent ou qui disent la vérité, c'est rare.

Ma révélation, c'était la première fois que j'ai chanté en France. On nous avait dit qu'à cause de notre accent, de notre patois, personne ne nous comprendrait. Mais ils comprenaient tout. C'était étrange, j'étais étrange, mais ils comprenaient. J'ai fait 50, 100 tournées en France, je ne sais plus, mais j'ai toujours le sentiment de la première fois.

Un jour que je chantais à la salle 107 de l'ORTF, Charles Trenet m'avait demandé de rechanter Tout le monde est malheureux pour lui. Il avait tout compris.

Gilles Vigneault


PEUT-ON PROTÉGER LE FRANÇAIS À MONTRÉAL TOUT EN RESPECTANT LES AUTRES?

Ce n'est pas un rêve de voir Montréal à 90 % francophone. C'est quelque chose qu'on peut exiger, dans la réalité ordinaire. Si vous magasinez et qu'on vous reçoit en anglais, et que vous tenez tête, l'impact sera sur vous, au début. Vous savez le mot anglais, mais vous exigez le mot français. Si 100 000 francophones font de même, ça changera la face de Montréal. Je ne souhaite pas que l'Amérique devienne française, même si j'en avais les moyens.

Je souhaite tout simplement que tous ceux qui rêvent de parler français puissent le parler, mais pas plus. Mais je vous souhaite aussi de parler chinois - quel auditoire! -, russe, arabe. Le français sera toujours votre ADN, mais cet ADN peut en prendre d'autres.

Gilles Vigneault et André Gladu


ON A SOUVENT L'IMPRESSION QU'À CAUSE DE NOS ACCENTS, LES FRANCOPHONES DES AUTRES PROVINCES OU D'AILLEURS NE SONT PAS CONSIDÉRÉS COMME FRANCOPHONES. COMMENT POUVONS-NOUS FAIRE COMPRENDRE QUE NOUS SOMMES LÀ?

L'accent est l'habit de la langue. Toute nue en dessous, c'est la même. En dessous, ça se ressemble, mais certains sont mieux faits que d'autres. Au lieu de juger les gens à leur accent, on devrait les juger à ce qu'ils disent. Antonine Maillet a un gros accent acadien, mais ce qu'elle dit est extraordinaire. S'intéresser à l'accent, c'est frivole. Pour moi, c'est péjoratif, factice, insignifiant. C'est insignifiant de s'intéresser à l'accent sans regarder ce qu'il y a dessous.

Cela dit, nous tous qui parlons français, nous sommes sur la barricade et vous avez à vous défendre. Le Québec est en danger de perdre sa langue. Bien des Québécois veulent se séparer parce qu'ils se sentent engloutis. Les Québécois sont aussi en danger que les Franco-Ontariens ou les Fransaskois, ou que tous ceux qui parlent le français en Amérique. Peut-être davantage, parce qu'ils se croient plus forts. Ce qui est une erreur. La langue française n'est pas plus forte ici qu'ailleurs.

Une langue, c'est un outil pour penser le monde. On ne sait pas lequel de vous va marquer le siècle pour avoir tenté de refaire le monde. Toutes les langues sont importantes pour penser le monde, et la langue française n'en est pas moins importante. Il a inspiré Descartes, Rimbaud, Verlaine. Ce n'est pas la dernière venue pour rêver de refaire le monde.

C'est donc à vous de la partager et de la portager entre vous tous. Et quand vous l'aurez fait, ce sera une grande récompense.

Jean-Benoît Nadeau*

 

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*Basé à Montréal, journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a publié, avec son épouse Julia Barlow, divers ouvrages portant sur la francophonie, dont «La Grande aventure de la langue française» (The Story of French), parue en 2007. Il a publié six livres, signé 700 articles de magazine et remporté une quarantaine de prix de journalisme.

Dans le cadre du Forum des jeunes ambassadeurs de la francophonie des Amériques, il signera une série d'articles en tant que chroniqueur, à lire sur le portail du Centre jusqu'au 28 juin.