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Un beau débat - Chronique de Jean-Benoît Nadeau

31 mai 2011

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La présentation du professeur Jean Lafontant - Langue, culture, identité : quel rapport? - a suscité un beau débat parmi les participants. Le professeur avançait l'idée qu'il n'y a pas de rapport entre les trois, malgré ce qu'on en dit.

Sa thèse a suscité un débat, ouvert par Évelyne Kémajou, une Albertaine d'origine camerounaise. « En Alberta, le gouvernement refuse de se donner une loi sur les services en français selon la logique que le français est la langue d'une ethnie. Pendant ce temps, l'Association canadienne-française de l'Alberta, elle, refuse l'étiquette francophone parce qu'elle ne veut pas qu'on oublie la lutte historique des Canadiens français. Et pendant ce temps-là, les anglophones me catégorisent comme afro-francophone! »

Le professeur Jean-Claude Redonnet est intervenu pour rappeler son expérience américaine : « Si on veut que la francophonie vive, il faut rejeter l'ethnicité et la nationalité. C'est le danger qui guette au Canada : se cantonner dans l'ethnicité, c'est se définir d'une façon qui ne serait pas moderne. »

« Mais tout de même », dit Sylvain-Henri Simard, un enseignant albertain du français également auteur-compositeur-interprète, qui se demande si la langue n'influence pas l'identité et même l'expression politique. « Mon comté est le seul en Alberta qui a élu un député qui n'est pas conservateur. Or, c'est un comté qui est considéré comme un bastion francophone. »

Bibata Ide Sein, doctorante de l'Université de Louisiane à Lafayette, fait valoir que toute la doctrine qui se réclame d'un français international est une manière d'exclure les autres groupes. « C'est certain que le cadien est différent, mais c'est compréhensible si on porte attention. Il faut que le français fasse de la place aux variations dialectales. »

La professeure Adriana Ramponi, du Centre d'études argentines canadiennes, explique que la question se pose également dans le monde hispanophone. « On me demande souvent de traduire en « espagnol neutre », en voulant dire l'espagnol d'Espagne. Mais ce n'est pas neutre. Le même mot ne décrit pas les mêmes coupes de viande. Un conte pour enfants suppose l'utilisation de certaines formes grammaticales locales. Parce que la langue n'est pas neutre. »

« Au fond », dit Stéphane Gagnon, qui fait sa maîtrise en développement régional à l'UQTR, « on perçoit de plus en plus une confrontation entre francophonie identitaire et francophonie utilitaire. »

Autrement dit, le français véhicule-t-il des valeurs particulières ou bien n'est-il qu'un outil de communication? Vaste programme.

Jean-Benoît Nadeau*

 

Jean Lafontant  Évelyne Kémajou

Monsieur Jean Lafontant, professeur associé, Département de sociologie, UQAM (à droite). Madame Évelyne Kémajou (au micro), membre du conseil d'administration de l'ACFA régionale de Calgary.

 

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*Basé à Montréal, journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a publié, avec son épouse Julia Barlow, divers ouvrages portant sur la francophonie, dont «La Grande aventure de la langue française»*, parue en 2007. Il a publié six livres, signé 700 articles de magazine et remporté une quarantaine de prix de journalisme.

Dans le cadre de l'Université d'été sur la francophonie des Amériques, il signera une série d'articles en tant que chroniqueur, à lire sur le portail du Centre jusqu'au 4 juin.