Centre de la Francophonie des Amériques

États-Unis

La francophonie aux États-Unis

Aux Etats-Unis, le dénombrement des francophones s’avère plus hasardeux, étant donné l’absence de questions sur la connaissance du français ou sur la langue maternelle dans le recensement du Bureau de recensement (United States Census Bureau). Néanmoins, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) estimait, en 2008, qu’environ 11 millions d’Étatsuniens avaient une solide connaissance de la langue de Molière. D’autres chiffres, moins conservateurs, font état d’environ 78 millions d’Américains qui auraient une certaine connaissance du français, soit près du quart de la population des Etats-Unis.

Quoi qu’il en soit, au début des années 2010, 14 % des élèves de niveaux primaire et secondaire, aux Etats-Unis, suivaient des cours de français à l’école (en 2006-2007, les Etats-Unis comptaient environ 64 millions d’écoliers). Les écoles d’immersion française à proprement parler, se multiplient également à un rythme soutenu, malgré qu’elles demeurent marginales et qu’elles appartiennent le plus souvent au régime privé d’éducation. Aussi, avec plus de deux millions de locuteurs le parlant à la maison – en incluant les créolophones francophones – selon le recensement de l’an 2000 des Etats-Unis, le français est la 4e langue la plus courante à la maison aux Etats-Unis, derrière respectivement l’anglais, l’espagnol et les langues chinoises. Les Américains ayant l’usage du français à la maison peuvent désormais être géolocalisés grâce à la 2011 Language Mapper, une carte interactive laissée à la disposition du public par Bureau de recensement des Etats-Unis (disponible uniquement en anglais).

Aux Etats-Unis, le français est la langue parlée à la maison par plus de 6 % de la population dans 19 comtés fédéraux. Alors qu’il y a un siècle, 85 % de la population du sud de la Louisiane était unilingue française, le français est aujourd’hui, de facto, l’une des deux langues officielles de l’État de Louisiane où se trouve la région de l’Acadiane, comprenant presque toutes les paroisses du sud de l’État, une région fortement francophones. Aussi, en 2014, une loi votée par le congrès de Louisiane prévoyait la mise en place d’une signalisation routière bilingue français-anglais.

En Floride, l’ampleur de l’immigration haïtienne, en particulier dans les comtés de Miami-Dale (7,69 % de la population du Grand-Miami) et de Broward contribuent à l’essor d’une importante francophonie locale, à l’instar des hordes de touristes canadiens francophones qui s’installent dans l’État chaque hiver, essentiellement dans les deux mêmes comtés, ainsi que dans celui de Palm Beach, de sorte que le français y est la langue parlée à la maison par 4,86 % des citoyens et résidents permanents (Miami-Dale) et 6,83 % (Broward).

L’hiver, 3 700 000 touristes canadiens, dont le tiers est francophone, prennent d’assaut les plages de l’État et 500 000 personnes issues de ce pays, dont plus de 200 000 francophones, y possèdent une propriété. De ce nombre, environ les trois quarts, soit 150 000 ont élus domicile dans le comté de Broward où ils forment environ 10 % de la population en saison hivernale (par rapport à une population totale de 1,7 millions). Plusieurs services sont offerts en français en Floride et ces dernières années, des rayons de livres et de films francophones, dont un grand nombre de factures canadiennes et québécoises, ont fait leur apparition dans les bibliothèques publiques du comté de Broward.

Enfin, du milieu du XIXe siècle jusqu’à la seconde moitié du XXe, les Etats-Unis furent les hôtes de ce qui est aujourd’hui appelé la Grande Hémorragie, une période au cours de laquelle près de 1 million de Canadiens-français – soit la moitié de la population francophone du Canada de l’époque – migra vers les états du Midwest et surtout de la Nouvelle-Angleterre. À l’époque, le phénomène était décrit avec la même ampleur aux Etats-Unis, en particulier dans le nord du pays, que l’hispanisation contemporaine du pays de l’Oncle Sam. Aujourd’hui, le nombre d’Américains déclarant une origine ethnique française, canadienne-française ou acadienne s’élève à près de 13 millions de personnes (Bureau du recensement des États-Unis, 2012), auxquels il pourrait éventuellement convenir d’ajouter une bonne partie des quatre millions d’Amérindiens que compte le pays et qui furent métissés avec les coureurs des bois et les premiers colons.

Dans les états de la Nouvelle-Angleterre, 25,0 % de la population du Maine a déclaré une identité ethnique canadienne-française, acadienne et/ou française et le français demeure encore aujourd’hui la langue parlée à la maison par un peu plus de 5 % de la population de l’État (près du quart de la population du comté d’Aroostook où les francophones sont encore majoritaires dans de nombreuses localités bordant les frontières néo-brunswickoise et québécoise avec l’État). En 2014, les deux aspirants au poste de gouverneur de l’État dans la course électoral qui opposera les Démocrates (Mike Michaud) et les Républicains (Paul Lepage — sortant) sont de fiers Franco-Américains.

Dans les autres états de la Nouvelle-Angleterre, 23,2 % des habitants du New Hampshire ont déclaré une identité ethnique canadienne-française, acadienne ou française (10 % de la population du comté de Coös, au sud de la Beauce parle encore aujourd’hui français à la maison) et les proportions étaient de 23,9 % au Vermont, 11,6 % au Massachussetts, 17,2 % au Rhode Island et 9,6 % au Connecticut. Les francophones ont par ailleurs été majoritaires ou en très fortes proportions dans de nombreuses villes de Nouvelle-Angleterre jusqu’aux années 1980. Aujourd’hui, les Américains s’identifiant en tant que Franco-Américains demeurent en fortes proportions dans ces mêmes villes.

Finalement, le visage de la francophonie en Amérique du Nord change progressivement de couleur. La part de l’immigration en augmentation aux Etats-Unis et au Canada et la part croissante de francophiles rythment différemment, contribuent à alimenter la diversité et à redéfinir le visage de cette grande épopée inachevée que constitue la francophonie des Amériques en Amérique du Nord. En tant que francophones des Amériques, il nous appartient de modeler cette francophonie et notre avenir à notre image.

Source : Étude réalisée en 2013 par Étienne Rivard, coordonnateur scientifique, Centre interuniversitaire d'études québécoises (CIEQ), Université Laval.

 

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