Centre de la Francophonie des Amériques

Caraïbes

Francophonie dans les Caraïbes

Contexte historique

Les origines de la francophonie dans les Caraïbes remontent à l’histoire coloniale des Amériques. C’est en 1625 que les Français établissent leur premier établissement permanent dans la mer des Caraïbes, sur l’île de Saint-Christophe, qui sera départagée entre les puissances coloniales françaises et britanniques.

Entre 1625 et 1635, les Français poursuivent leur expansion coloniale en s’installant en Martinique, en Guadeloupe, à Marie-Galante, sur l’île de la Tortue et à Saint-Domingue (Haïti). En 1648, le retrait des Espagnols de l’île de Saint-Martin provoque une course à la colonisation entre la France et les Pays-Bas, qui préfèrent se partager pacifiquement le territoire. En 1651, un groupe de colons français prend possession de Sainte-Lucie au nom du roi de France, malgré les velléités britanniques sur l’île, et en 1697, l’Espagne cède officiellement le contrôle de la portion occidentale de l’île d’Hispaniola à la couronne française, dont certains boucaniers occupaient déjà les côtes.

Entre temps, malgré le statut de neutralité déclaré par les Français et les Britanniques sur les îles de Saint-Vincent et de la Dominique, notamment en raison de groupes autochtones réfractaires à l’occupation européenne, un premier établissement colonial français sera implanté à Saint-Vincent au début du XVIIIe siècle.

La France prend possession des îles de Saint-Barthélemy et de Sainte-Croix en 1648 et 1650, respectivement. Pendant le XVIIIe siècle, les deux seront vendues; la France récupèrera toutefois Saint-Barthélemy, dans le cadre d’une transaction avec la Suède en 1878.

En 1763, le traité de Paris impose aux Français de céder Saint-Christophe, Saint-Vincent, la Dominique et Sainte-Lucie à la couronne britannique.

À compter des années 1670, la France entreprendra de faire de ses colonies antillaises le grenier à sucre de l’Europe et fera venir des esclaves de ses comptoirs africains afin de combler les besoins de main-d’œuvre. L’esclavagisme influencera durablement l’aménagement sociodémographique et linguistique des Caraïbes et des Antilles françaises, puisque la population d’origine noire deviendra rapidement majoritaire, donnant ainsi lieu au métissage entre les cultures africaine, française et autochtone. Ce métissage précèdera l’émergence d’une identité créole, composante à part entière de l’une des trois réalités de la francophonie des Amériques.

Faits saillants

Aujourd’hui, les Antilles françaises maintiennent un lien politique avec la France métropolitaine, puisqu’elles ont des statuts de départements et régions d’Outre-mer (DOM) pour la Guadeloupe et la Martinique et de collectivités d’Outre-mer pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy. La population totale des Antilles françaises est de 844 811 habitants, parlant tous le français. La scolarisation qui débute en maternelle se déroule d’ailleurs entièrement en français.

Même si le français y est la seule langue officielle, les Guadeloupéens et les Martiniquais parlent également le créole, dont les bases lexicales sont françaises, malgré une certaine influence de l’anglais, du portugais et du néerlandais. Par conséquent, l’identité de ces territoires s’inscrit dans l’univers créole, à l’instar d’Haïti, de la Dominique et de Sainte-Lucie. La population des îles des Saintes, en Guadeloupe, parle le créole saintois, également à base lexicale française.

Pour leur part, les habitants de Saint-Martin parlent le français, mais également un idiome local alternant le français, l’anglais (en raison des réalités économiques et géographiques de l’île), le néerlandais (l’île est partagée entre la France et les Pays-Bas) et le créole guadeloupéen.

La population de Saint-Barthélemy forme une communauté plutôt hétérogène sur le plan linguistique. En effet, si l’ensemble de la population parle français, une minorité de la population, descendante du régime suédois et concentrée à Gustavia, a encore pour langue d’usage le suédois ou plus communément, l’anglais. Une autre minorité, située dans la partie « au vent » de l’île, parle un créole dérivé du créole martiniquais. Enfin, la population parle principalement le patois de Saint-Barth, en particulier dans la partie « sous-le-vent » de l’île, une variété de français très proche du français canadien et hérité des premiers colons français. L’île de Saint-Barthélemy a la particularité de compter une population essentiellement d’origine européenne.

Au cours des années de régimes britanniques, les populations de Sainte-Lucie et de la Dominique conservèrent leurs identités créoles héritées du régime français. Lors de l’accession à l’indépendance de la Dominique en 1978  et de Sainte-Lucie au statut de royaume du Commonwealth en 1979, le français et le créole furent proclamés langues officielles, aux côtés de l’anglais.

Aujourd’hui, bien que l’usage du français soit relativement peu répandu en Dominique et à Sainte-Lucie, où l’apprentissage de l’anglais comme langue seconde est privilégié, les langues vernaculaires des populations sont respectivement le créole dominiquais et le créole sainte-lucien. Environ les trois quarts des populations des deux pays ont leur variété de créole comme langue d’usage, avec un taux d’intelligibilité estimé entre 97 % et 99 %. Par ailleurs, une petite communauté de quelques milliers d’habitants à Trinité-et-Tobago parle un créole à base lexicale française, dérivé du créole parlé à Sainte-Lucie, le créole trinidadien.

La pratique du créole a une forte valeur identitaire, mais est également perçue comme une ouverture pour les échanges avec la Caraïbe créolophone et en particulier, les îles voisines de la Guadeloupe et de la Martinique, auxquelles la Dominique et Sainte-Lucie demeurent liées par de nombreux facteurs historiques, démographiques, culturels, économiques et sociaux.

Source : Étude réalisée en 2013 par Étienne Rivard, coordonnateur scientifique, Centre interuniversitaire d'études québécoises (CIEQ), Université Laval.

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